•  

    Festives rumeurs

    Au coin de la rue,

    Joviales humeurs

    Dans la clarté crue

    Curaçao melon

    Du jour le plus long.

     

    Ouvre la fenêtre.

     

    Un air entêtant

    Monte des terrasses,

    Un air envoûtant

    Parfumé de glaces

    Cerise abricot

    Et passion coco.

     

    Ouvre la fenêtre.

     

    C'est un air d'été

    Aux accords faciles,

    Un air de gaîté

    Aux notes graciles

    Qu'apporte le vent

    D'un jour bien vivant.

     

    Ouvre la fenêtre.

     

    Laisse pénétrer

    Sa fougue si tendre,

    Puisque il veut entrer,

    Ouvre sans attendre

    Et retenons-le,

    Apprivoisons-le.

     

    Ouvre la fenêtre.

     

    * * *

     

    Il est dans nos murs,

    Il est dans nos têtes ;

    Ses fleurs, ses azurs,

    Parlent d'amourettes,

    Mais c'est loin, demain,

    Donne-moi la main.

     

    Ferme la fenêtre.

     

     

     

     

    Un air d'été

    20720 © 2020


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  • Le paon et la bernache

     

    Il fait la roue avec panache

    Afin qu'elle lui tourne autour.

    Il sait qu'elle est une bernache,

    Qu'elle n'a jamais roulé pour...

    Un paon, mais entend bien lui plaire.

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Devant sa beauté déployée,

    Dont chacun reconnaît l'ampleur,

    La concurrence, renvoyée

    À ses plumettes sans valeur,

    Mâchonne une sourde colère.

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Froide et distante, la bernache

    Le toise d'un regard en coin ;

    Si tape-à-l’œil, tout ce panache

    Bon pour le buzz et le tintouin,

    Pour elle, trop spectaculaire !

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Le paon ne se démonte guère,

    Fait vibrer son arrière-train ;

    Trouvant cela lourd et vulgaire,

    L'oiselle desserre son frein :

    Apprends enfin qu'on peut déplaire !

     

    La roue a tourné... Patatras !

     

    Confus, penaud, Monsieur Superbe

    Se prend dans sa queue-éventail

    Le vent de sa vie, et c'est l'herbe

    D'à côté – celle du bétail –

    Qu'il reste à brouter... la-la-lère !

     

     

     

     

    Le paon et la bernache   Le paon et la bernache

    20710 © 2020


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    Mylène Micoton, dit-on, était issue

    D'une famille anglaise établie à Jersey.

    Possédait-elle, à Tulle, une villa cossue ?

    Une chatte angora ? Un drill nommé Bizet ?

     

    Mylène Micoton suscitait des parlotes ;

    Marceline, Aïda, Casimir... Ces benêts

    Gaspillaient à l'envi pléthore de pelotes,

    Lui tricotant des pulls pour l'hiver, des bonnets...

     

    Mylène Micoton subit, en tant qu'épouse,

    L'un des frères Jacquard, une éponge à calva

    Qu'emporta la cirrhose en mai soixante-douze.

    Veuve et libre, elle apprit à faire la java...

     

    Mylène Micoton trama de beaux voyages ;

    Ce fut d'abord au fil d'un russe d'Astrakan

    Qu'elle se fignola ses tout premiers maillages,

    Avant d'aller ourler l'orlon d'un anglican...

     

    Mylène Micoton, cœur mi-jute, mi-soie,

    Avait les yeux bleu lin, des cheveux de satin,

    Mais ses lèvres voilaient quelques dents de lamproie ;

    Elle pouvait vous mordre aussi fort qu'un mâtin !

     

    Mylène Micoton réduisait en dentelle

    Celui qui l'habillait d'un bisou mal tissé,

    Ou qui lui promettait duchesse et brocatelle

    S'il n'avait en rayon que du droguet froissé...

     

    Mylène Micoton, grâce à ses martingales,

    Filait sa diamantine en croquant du Crésus,

    Se faisait inviter chez le Prince de Galles,

    Se goinfrait de caviar, se payait du byssus...

     

    Mylène Micoton, dans sa ligne de mire,

    Eut un jour Serge Chintz, alias le gros de Tours,

    Et Dimitry Dolan, mouton du Cachemire ;

    Elle alpagua les deux d'une voix de velours...

     

    Mylène Micoton se montrait mignonnette

    Quand c'était pour gagner son pesant de doupion ;

    Elle offrit le mohair qu'abritait sa finette

    À ces brouteurs épris de son joli croupion...

     

    Mylène Micoton tomba folle amoureuse,

    À Madras, une nuit, d'un éphèbe albinos

    Qui fuma tout son chanvre, éprouva sa tireuse,

    Puis, disparut à l'aube avec son mérinos...

     

    Mylène Micoton n'évita pas la mite ;

    Sa flanelle, à la fin, compta de nombreux trous,

    Son arlequin riait, tel un vrai chattemite,

    Sur un tas de chiffons et d'antiques froufrous...

     

    Mylène Micoton mourut pauvre à Barèges ;

    Linceul en japonette et robe en calicot,

    Voilà ce qu'il restait après les privilèges !

    Le ciel, brodé de froid, s'était drapé d'escot...

     

    Personne ne s'en vint pleurer aux funérailles,

    Et sa stèle, aujourd'hui, croule sous les broussailles.

     

     

     

     

    Mylène Micoton   Mylène Micoton

    20700 © 2020

    Matériaux textiles utilisés pour la confection de ce texte :

    aïda, alpaga, anglaise, angora, arlequin, astrakan,

    barège, bisou, brocatelle, byssus, cachemire, calicot,

    casimir, caviar, chanvre, chiffon, chintz, coton,

    dentelle, diamantine, dimitry, dolan, doupion, drap,

    drill, droguet, duchesse, éponge, escot, finette,

    flanelle, gros de Tours, jacquard, japonette, jersey, jute,

    laine, lin, madras, marceline, mérinos, mignonnette,

    mohair, orlon, prince de Galles, satin, serge, soie,

    tulle, velours.

     


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    Tout à l'entour des blés

    Que le soleil souligne,

    Ils se sont rassemblés ;

    C'est clairement le signe

    Que l'été n'est plus loin...

     

    Les coquelicots dansent.

     

    Dans le bleu de tes yeux,

    Que le soleil exalte,

    Ils se reflètent mieux

    Qu'en mes iris d'asphalte.

    L'été sent bon le foin...

     

    Les coquelicots dansent.

     

    Dansons, si tu le veux,

    Mais même après septembre,

    Ne faisons pas comme eux,

    Quand le gris tuera l'ambre,

    Quand l'été sera loin...

     

    Les coquelicots dansent

    Seulement aux beaux jours ;

    Que les saisons s'avancent

    Sans faner nos amours ! 

     

     

     

     

    Les coquelicots

    20690 © 2020


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