• Le paon et la bernache

     

    Il fait la roue avec panache

    Afin qu'elle lui tourne autour.

    Il sait qu'elle est une bernache,

    Qu'elle n'a jamais roulé pour...

    Un paon, mais entend bien lui plaire.

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Devant sa beauté déployée,

    Dont chacun reconnaît l'ampleur,

    La concurrence, renvoyée

    À ses plumettes sans valeur,

    Mâchonne une sourde colère.

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Froide et distante, la bernache

    Le toise d'un regard en coin ;

    Si tape-à-l’œil, tout ce panache

    Bon pour le buzz et le tintouin,

    Pour elle, trop spectaculaire !

     

    Tourne la roue, et tu l'auras...

     

    Le paon ne se démonte guère,

    Fait vibrer son arrière-train ;

    Trouvant cela lourd et vulgaire,

    L'oiselle desserre son frein :

    Apprends enfin qu'on peut déplaire !

     

    La roue a tourné... Patatras !

     

    Confus, penaud, Monsieur Superbe

    Se prend dans sa queue-éventail

    Le vent de sa vie, et c'est l'herbe

    D'à côté – celle du bétail –

    Qu'il reste à brouter... la-la-lère !

     

     

     

     

    Le paon et la bernache   Le paon et la bernache

    20710 © 2020


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    Mylène Micoton, dit-on, était issue

    D'une famille anglaise établie à Jersey.

    Possédait-elle, à Tulle, une villa cossue ?

    Une chatte angora ? Un drill nommé Bizet ?

     

    Mylène Micoton suscitait des parlotes ;

    Marceline, Aïda, Casimir... Ces benêts

    Gaspillaient à l'envi pléthore de pelotes,

    Lui tricotant des pulls pour l'hiver, des bonnets...

     

    Mylène Micoton subit, en tant qu'épouse,

    L'un des frères Jacquard, une éponge à calva

    Qu'emporta la cirrhose en mai soixante-douze.

    Veuve et libre, elle apprit à faire la java...

     

    Mylène Micoton trama de beaux voyages ;

    Ce fut d'abord au fil d'un russe d'Astrakan

    Qu'elle se fignola ses tout premiers maillages,

    Avant d'aller ourler l'orlon d'un anglican...

     

    Mylène Micoton, cœur mi-jute, mi-soie,

    Avait les yeux bleu lin, des cheveux de satin,

    Mais ses lèvres voilaient quelques dents de lamproie ;

    Elle pouvait vous mordre aussi fort qu'un mâtin !

     

    Mylène Micoton réduisait en dentelle

    Celui qui l'habillait d'un bisou mal tissé,

    Ou qui lui promettait duchesse et brocatelle

    S'il n'avait en rayon que du droguet froissé...

     

    Mylène Micoton, grâce à ses martingales,

    Filait sa diamantine en croquant du Crésus,

    Se faisait inviter chez le Prince de Galles,

    Se goinfrait de caviar, se payait du byssus...

     

    Mylène Micoton, dans sa ligne de mire,

    Eut un jour Serge Chintz, alias le gros de Tours,

    Et Dimitry Dolan, mouton du Cachemire ;

    Elle alpagua les deux d'une voix de velours...

     

    Mylène Micoton se montrait mignonnette

    Quand c'était pour gagner son pesant de doupion ;

    Elle offrit le mohair qu'abritait sa finette

    À ces brouteurs épris de son joli croupion...

     

    Mylène Micoton tomba folle amoureuse,

    À Madras, une nuit, d'un éphèbe albinos

    Qui fuma tout son chanvre, éprouva sa tireuse,

    Puis, disparut à l'aube avec son mérinos...

     

    Mylène Micoton n'évita pas la mite ;

    Sa flanelle, à la fin, compta de nombreux trous,

    Son arlequin riait, tel un vrai chattemite,

    Sur un tas de chiffons et d'antiques froufrous...

     

    Mylène Micoton mourut pauvre à Barèges ;

    Linceul en japonette et robe en calicot,

    Voilà ce qu'il restait après les privilèges !

    Le ciel, brodé de froid, s'était drapé d'escot...

     

    Personne ne s'en vint pleurer aux funérailles,

    Et sa stèle, aujourd'hui, croule sous les broussailles.

     

     

     

     

    Mylène Micoton   Mylène Micoton

    20700 © 2020

    Matériaux textiles utilisés pour la confection de ce texte :

    aïda, alpaga, anglaise, angora, arlequin, astrakan,

    barège, bisou, brocatelle, byssus, cachemire, calicot,

    casimir, caviar, chanvre, chiffon, chintz, coton,

    dentelle, diamantine, dimitry, dolan, doupion, drap,

    drill, droguet, duchesse, éponge, escot, finette,

    flanelle, gros de Tours, jacquard, japonette, jersey, jute,

    laine, lin, madras, marceline, mérinos, mignonnette,

    mohair, orlon, prince de Galles, satin, serge, soie,

    tulle, velours.

     


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    Tout à l'entour des blés

    Que le soleil souligne,

    Ils se sont rassemblés ;

    C'est clairement le signe

    Que l'été n'est plus loin...

     

    Les coquelicots dansent.

     

    Dans le bleu de tes yeux,

    Que le soleil exalte,

    Ils se reflètent mieux

    Qu'en mes iris d'asphalte.

    L'été sent bon le foin...

     

    Les coquelicots dansent.

     

    Dansons, si tu le veux,

    Mais même après septembre,

    Ne faisons pas comme eux,

    Quand le gris tuera l'ambre,

    Quand l'été sera loin...

     

    Les coquelicots dansent

    Seulement aux beaux jours ;

    Que les saisons s'avancent

    Sans faner nos amours ! 

     

     

     

     

    Les coquelicots

    20690 © 2020


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    Jean voulut qu'on le nommât Duc,

    Qu'on en fît à sa convenance,

    Jean voulut qu'on le nommât Duc...

    Duc de quoi ? De l'impertinence ?

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Lui demandèrent père et mère.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    N'est-ce qu'un caprice éphémère ?

     

    Car je suis grand comme un grand-duc,

    Répondit-il, sans même être ivre.

    Oui, je suis grand comme un grand-duc,

    Et c'est la nuit que j'aime vivre !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Se gondola son frère Jacques.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Ça fait nabab ! Non ! Tête à claques !

     

    Car je suis beau comme un bolduc,

    Répondit-il au vilain drille.

    Oui, je suis beau comme un bolduc,

    Et, même sans soleil, je brille !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Le railla son cousin Clotaire.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Remets un peu les pieds sur terre !

     

    Car je suis fier comme un viaduc,

    Répondit-il sans couardise.

    Oui, je suis fier comme un viaduc

    Qui enjambe ta balourdise !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Gloussa sa tante Domitille.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc,

    Avec tes manières de fille ?

     

    Et toi, tes poils sur le menton !

    Pesta-t-il, perçant comme vrille.

    Ah çà... Tes poils sur le menton,

    De quoi crier « gare au gorille » !

     

    * * *

     

    Jean voulut qu'on le nommât Duc,

    Ah quelle idée, ah quelle idée !

    Jean voulut qu'on le nommât Duc...

    Requête jamais validée !

    Car tout le monde, évidemment,

    Rit de plus belle et n'eut de cesse

    De le surnommer carrément...

    Jeanne la Grande Duduchesse.

     

     

     

     

    Jean voulait qu'on l'appelât Duc   Jean voulait qu'on l'appelât Duc

    20680 © 2020


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