•  

    Jean voulut qu'on le nommât Duc,

    Qu'on en fît à sa convenance,

    Jean voulut qu'on le nommât Duc...

    Duc de quoi ? De l'impertinence ?

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Lui demandèrent père et mère.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    N'est-ce qu'un caprice éphémère ?

     

    Car je suis grand comme un grand-duc,

    Répondit-il, sans même être ivre.

    Oui, je suis grand comme un grand-duc,

    Et c'est la nuit que j'aime vivre !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Se gondola son frère Jacques.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Ça fait nabab ! Non ! Tête à claques !

     

    Car je suis beau comme un bolduc,

    Répondit-il au vilain drille.

    Oui, je suis beau comme un bolduc,

    Et, même sans soleil, je brille !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Le railla son cousin Clotaire.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Remets un peu les pieds sur terre !

     

    Car je suis fier comme un viaduc,

    Répondit-il sans couardise.

    Oui, je suis fier comme un viaduc

    Qui enjambe ta balourdise !

     

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc ?

    Gloussa sa tante Domitille.

    Pourquoi qu'on t'appellerait Duc,

    Avec tes manières de fille ?

     

    Et toi, tes poils sur le menton !

    Pesta-t-il, perçant comme vrille.

    Ah çà... Tes poils sur le menton,

    De quoi crier « gare au gorille » !

     

    * * *

     

    Jean voulut qu'on le nommât Duc,

    Ah quelle idée, ah quelle idée !

    Jean voulut qu'on le nommât Duc...

    Requête jamais validée !

    Car tout le monde, évidemment,

    Rit de plus belle et n'eut de cesse

    De le surnommer carrément...

    Jeanne la Grande Duduchesse.

     

     

     

     

    Jean voulait qu'on l'appelât Duc   Jean voulait qu'on l'appelât Duc

    20680 © 2020


    19 commentaires
  •  

    Mon cœur a suivi ce matin,

    Une dernière fois, la route

    Vers ce passé pas si lointain,

    Pour digérer sa banqueroute ;

     

    Il est parti, tambour battant,

    Sonner le glas des jours de bile

    Sous un franc soleil miroitant

    Sa légèreté volubile.

     

    Il avait misé son bonheur

    Sur un cœur lâche autant qu'instable,

    Un égoïste, un vrai dîneur

    D'un soir courant de table en table ;

     

    Un cœur qui savait larmoyer

    Pour soutenir son imposture.

    Le mien se laissa foudroyer,

    Puis, en reçut l'âpre facture.

     

    Faudrait-il indéfiniment

    Pleurer un faux amour en fuite,

    Envolé vers le firmament

    Des belles promesses sans suite ?

     

    Mon cœur est allé ce matin

    Aux funérailles d'une idylle

    Construite sur du baratin

    Et des larmes de crocodile.

     

    Il est tout à toi maintenant,

    Délivré, comme neuf, et libre ;

    Que le tien lui soit attenant

    Sur le chemin de l'équilibre.

     

     

     

     

    Sur le chemin de l'équilibre

    20670 © 2020


    10 commentaires
  •  

    Elle a recherché sa jeunesse

    Chez des professeurs de fitness,

    A trimardé plus qu'une ânesse

    Pour plaire à nouveau... Quel business !

     

    Elle s'est muée en ménesse

    Devant les beaux yeux d'un Arès ;

    Ce guerrier l'a tordue en esse,

    L'accrochant à son palmarès.

     

    Puis, elle a joué la faunesse,

    La déesse grecque topless,

    Auprès de chasseurs sans finesse

    Qui ne tiraient qu'à l'hammerless...

     

    Elle a même été la nénesse

    D'une bidasse en battledress,

    Croyant retrouver sa jeunesse ;

    Encore un autre amour express...

     

    Aujourd'hui, dame patronnesse

    Œuvrant pour les clochards de Metz,

    Elle vit loin de sa jeunesse,

    Seule avec son teckel, Hermès.

     

    Et n'a plus rien de la vanesse

    Qui, volant de Graz à Meknès,

    Cachait qu'elle était de Gonesse.

    Est-elle enfin heureuse, Inès ?

     

     

     

     

    Inès   Inès

    20660 © 2020


    18 commentaires
  •  

    Dans la nuit qui s'étire en volutes de brume,

    Aux confins des chemins bordés de songes blancs,

    Tu t'aventures seule ; et des faux somnolents,

    Cachés dans les bosquets que ton éclat déplume,

    Savent qu'ils vont planer comme des cerfs-volants ;

     

    Tu leur ouvres le ciel, étoilant ton sourire

    De paillettes de miel au doré sulfureux

    Qu'avec fastes souligne un rouge généreux ;

    C'est sur ta bouche en cœur que chacun vient inscrire,

    En caractères gras, son penchant vaporeux ;

     

    Ton corps se fait zéphyr ; les leurs, mués en voiles,

    Se hissent sur le mât soutenant Séléné,

    Impavide témoin de ce stupre effréné

    Qui réchauffe ces cœurs pleins d'un hiver sans poêles ;

    À ce jeu-là, ton souffle est fort bien entraîné !

     

    La misère du monde a faim de tes services ;

    Elle est prête à s'offrir n'importe quel festin

    Dans le moite velours d'un antre clandestin,

    Tant qu'elle oublie, un temps, les pénibles sévices

    Que la tourmente inflige à son triste destin.

     

    Lorsque l'après-minuit se brise contre l'aube,

    Les loups rentrent au bois, repus comme des poux

    Ayant tété du soufre au rythme de ton pouls ;

    Le vin n'est plus que lie, et les restes de daube

    Mêlent leur âcre odeur à celle des tripoux.

     

    Il se dit que tes bras sont sertis de ventouses,

    Qu'ils ne sont pas que deux, qu'il en faut plus que deux

    Pour pouvoir consoler autant de cafardeux,

    Autant de torturés, dont mères, sœurs, épouses,

    Souffrent de ne savoir comment t'éloigner d'eux.

     

     

     

     

    Octopussy

    20650 © 2020


    7 commentaires